Le mot du président

 

LES MAÇONS DE LA CREUSE ET LA BOXE FRANÇAISE

Il est une évidence historique c'est que les maçons de la creuse ont pratiqué dès le siècle dernier un sport de combat : la boxe française. De fait, il existe une filiation réelle boxe française/maçon de la creuse qui appartient à notre histoire collective et nous vous proposons de reprendre la route, l'espace d'un moment, de refaire le voyage…

Cette pratique est attestée par Martin Nadaud, maçon à Paris dans les années 1830 :dans « Léonard, maçon de la creuse ». Par ailleurs, cette discipline a été codifiée dans la seconde moitié du XIVème siècle soit près de 50 ans avant le judo par exemple. « Les matins près une tournée faite à la grève, nous revenions au garni. Alors nous commencions par placer nos lits, les uns sur les autres et nos chambres devenaient autant de salles de boxe et de chausson » ; et lui même n’y réussit pas si mal, semble-t-il : « la mule, qui avait sa salle rue de la vannerie, ne tarda pas à se mettre dans l’idée que je pouvais devenir un de ses bons élèves et il se serait bien gardé de me négliger : au contraire, il me conduisit dans différents assauts ».

Certains même ont tenu à la capitale des salles :« Cette disposition ne fut pas étrangère à l’ouverture d’un très grand nombre de salles de chausson dans notre quartier. Ainsi le premier qui arriva parmi nous à la célébrité fut nommé Toulouse. Il eut pour élève Gadoux, qui était de mon village, et celui-ci arriva à la réputation desgrands maîtres ».

Pour votre plus complète information, il faut se souvenir que dans le compagnonnage,dans leurs longs déplacements, les hommes étaient souvent porteurs d’une canne employée comme une arme défensive et offensive.

Les creusois dans leur long périple pour rejoindre Paris ou Lyon ont perpétué cette tradition et utilisaient sous forme décrite précédemment ladite canne pour faire taire les quolibets.

Bien des chemins, des buissons restent les témoins d’affrontements violents. En feuilletant les ouvrages qui traitent de cette période, vous constaterez que les maçons de la Creuse sont souvent représentés sur les gravures, munis de la canne avec au bout un maigre baluchon…

Toujours dans le cadre historique, la fédération française de Boxe Française s’appelle dorénavant la fédération française Savate, à laquelle est adjointe le titre « canne et bâton »,faisant référence à la période que nous sommes entrain d’évoquer, voilà pour l’explication.

Quelles étaient donc les motivations de ces travailleurs qui après des journées de plus de 10 heures de travail pratiquaient encore ce sport ?

La haine existante, les insultes répétées ont fait que la jeunesse creusoise s’est très vite initiée à la boxe française pour des raisons que l’on comprend aisément.

Martin Nadaud nous en livre quelques-unes :

« Comme nous avions très peu d’instruction et d’éducation, à la moindre insulte nous regimbions comme de vigoureux mulets. Nous nous disions qu’il fallait apprendre à châtier à la force du poignet ceux qui avaient une pauvre idée des mangeurs de châtaignes de Limoges et de la creuse ».

Autre raison qui est capitale quand on est jeune, les sorties, la confrontation aux autres : « lorsque nous voulions mettre les pieds dans les bals, on nous recevait partout avec tant de dédain que le besoin que nous avions de nous faire respecter nous rendait batailleurs. Cette disposition ne fut pas étrangère à l’ouverture d’un grand nombre de salles de chausson dans notre quartier ».

Si on analyse les propos repris par Martin Nadaud, on remarque en premier lieu une absence de respect, l’hostilité pour ceux qui s’exprimaient dans une autre langue (occitan) avec un mépris prononcé pour un métier pénible, salissant. Les maçons de la creuseétaient montrés du doigt, raillés, exprimant le dégoût pour ceux qui vivaient dans des « garnis » insalubres avec le seul objectif d’économiser pour ramener de l’argent chez eux !

Poursuivons avec Pierre Urien qui écrit dans « Quand Martin Nadaud maniait la truelle » (Association des maçons de la creuse , Felletin) : « Ce recours à la violence est la façon la plus élémentaire de réagir aux insultes et aux brimades qui traduisent à l’égard des maçons de la creuse un mépris confinant au racisme. »

C’est ce qui a conduit Pascal Malis dans un article de la revue Boxe Française magazine à s’interroger : « Au fait, ne connaît-on pas aujourd’hui le même genre de problèmes, en effet, s’appeler Mohammed indispose certains : est-ce un hasard si ce ne sont plus les maçons creusois mais les immigrés africains qui peuplent les salles de boxe ? »

Et il conclut : « De toute façon, hier les creusois, aujourd’hui les beurs, il faut toujours des minorités sur lesquelles on déversera le potentiel agressif non libéré. »

Vous aurez compris que la pratique de la boxe française allait bien plus loin que la simple pratique sportive. Elle symbolisait une façon de se protéger, de résister, d’exister et de construire au-delà des luttes politiques une identité collective propre.

Ce rapide survol nous renvoie aux conditions de vie des plus humbles que l’on pourrait facilement transposer à notre époque avec des situations de pauvreté, d’exclusions, de minorités exclues…

Nous avons fait souvent référence à Martin Nadaud, à son témoignage d’homme, témoignage d’une époque de souffrance, d’humiliation, de luttes pour un monde meilleur. Au travers de ce récit, il montre comment il a surmonté les épreuves par le combat (politique et sportif) la rencontre des autres, la fraternité, l’instruction, l’histoire comme le cite B. CYRULNIK de l’enfance très présente dans ses écrits : « Ou on tient grâce à l’étonnant pouvoir réchauffant de la rêverie .»

J’ajouterai, en guise de conclusion, rêverie d’un monde meilleur, et puis nous espérons que lorsque vous entendrez parler de boxe française, vous penserez à ces hommes courageux, qui ont payé un lourd tribut pour écrire une page d’histoire, celle où l’on ne renonce pas.

C. LAURANCE

P. MERIGAUD

 

Date de dernière mise à jour : 14/09/2012

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